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« Notre seule arme, c’est le dialogue » – Gardiens de la paix à Molenbeek (reportage)

« Notre seule arme, c’est le dialogue » – Gardiens de la paix à Molenbeek (reportage)

       Ce sont des acteurs agissant quotidiennement au cœur de Molenbeek. Ils jouent un rôle important en maintenant un dialogue avec la population, tout en prévenant et constatant les petits délits. Eux, ce sont les gardiens de la paix. En immersion, nous avons passé une journée entière à leur côté. Des missions, mais aussi des revendications dont ils nous font l’écho. Reportage.

 Anouar El Morabet a 35 ans. Père de deux enfants, cela fait aujourd’hui 14 ans qu’il endosse le rôle de gardien de la paix. En 2003, il est gardien scolaire, avant de passer gardien d’espaces publics, en 2006. Désormais chef de la brigade Duchesse, il agit sur le terrain et supervise les opérations. Au total, pas moins de 70 gardiens de la paix, divisés en 4 brigades, se répartissent les tâches au sein de la commune de Molenbeek. Anouar fait part de son parcours et de son ressenti. « Au début, dans les années 2000, c’était très difficile. On a connu des hauts et des bas sur le terrain. C’était chaud, il fallait intervenir plusieurs fois sur la journée pour des vols, sac-jacking, casses dans les véhicules, etc. »

Aujourd’hui, la situation semble avoir bien changé. « La discussion n’était pas évidente, l’uniforme était un obstacle. Maintenant, on voit que les jeunes connaissent notre métier, ils sont moins méfiants. Il y en a même qui viennent chez nous pour postuler », note le brigadier.

Des soupçons dissipés

Il faut savoir qu’en Belgique, l’appellation « gardiens de la paix » désigne toutes les fonctions publiques de sécurité non policière, telle qu’inscrite au Moniteur belge. Contrairement à la France, où ils constituent le corps d’encadrement et d’application de la Police nationale. Depuis la loi de 2007, les gardiens de la paix sont passés du vert au mauve, avec des missions élargies.

Concrètement, comment ça se passe à Molenbeek ? Anouar El Morabet explique que le service est en œuvre dans la commune depuis 1994, une époque où les gardiens s’occupaient principalement des parcs. « On n’est pas armé. Notre seule arme c’est le dialogue. Et notre seul outil, c’est la radio », souligne-t-il. Mais des rumeurs ont longtemps circulé sur les gardiens de la paix. « Il y en a beaucoup qui croyaient qu’on était directement en contact avec la police. On se faisait insulter de ‘balance’. Non, en fait, nous sommes reliés à la centrale des gardiens de la paix. Si une personne fait un malaise, c’est très pratique ».

Après cette discussion aux bureaux de la place de la Duchesse, place au terrain. Et on peut dire qu’il n’y a pas de temps à perdre. Sur l’heure passée ensemble, Anouar a dû intervenir 7 fois, pour des infractions minimes. Voiture mal garée, déchets sur la voie publique, poteau arraché, le gardien est au taquet. Le contact est toujours chaleureux et cordial entre le gardien et les personnes interpellées. Sans animosité, il est entendu par la personne concernée.

 

Témoignages de la centrale

Au milieu de la rue du Comte de Flandre se trouve la centrale générale. Abdelkader Boujnan est responsable des sanctions administratives. Il organise des opérations spécifiques sur le terrain chaque semaine pour vérifier s’il y a des manquements. « On a environ 20 procès-verbaux par semaine. Le nombre est légèrement supérieur qu’à la même période, l’année passée. En 2016 : 1516 PV, et 448 PV jusqu’à présent », explique-t-il. Abdelkader parle de son rôle de proximité avec la population. « La prévention est notre arme. C’est donc le fonctionnaire sanctionnateur qui est habilité à maintenir un procès-verbal ».

Après une rencontre accueillante avec ses collègues, Anouar tient à donner davantage de détails sur ses missions. « On aide les gens lorsqu’ils sont dans le besoin. On essaie d’avoir une présence dissuasive sur le terrain. Il suffit d’avoir un uniforme pour faire effet. Avec les jeunes, quand on voit qu’il y a un souci, on essaie de les dissuader ». Anouar essaie d’être irréprochable dans son travail de dissuasion dans les quartiers. A la longue, cela a porté ses fruits : moins de casse au quotidien, moins de vols dans certains quartiers, selon les dires de la centrale. La géographie sociétale de la commune est également abordée. « Dans le haut de Molenbeek, on n’a pas la même population que dans le bas. C’est plus des personnes âgées. Mais les attentes ne sont pas différentes », explique Anouar.

Un ras-le-bol général

Depuis 2005, des agents constateurs sont apparus pour les petites incivilités. Après une formation de 40 heures auprès de la police, ces agents peuvent verbaliser des infractions au règlement général de police. Ce constat est envoyé à la commune, qui décide l’envoi d’un procès-verbal.

Dans un bureau adjacent, il y a Ali. Celui-ci tient à délivrer un témoignage fort sur l’atmosphère globale ressentie à Molenbeek, et également quelques remarques sur le traitement médiatique de la commune. « 90% de la population nous voit comme des intervenants positifs, contrairement aux agents de police, si je peux me permettre, avec qui la population a plus de réticence », souligne-t-il sans détour. Le visage de la commune, présenté de manière trop caricaturale, déplaît. « A chaque fois qu’on entend quelque chose de négatif sur Molenbeek, honnêtement, ça nous fait mal. Nous sommes sur le terrain. Parfois, les journalistes cherchent ce qui fait vendre, ce qui ne représente pas forcément la réalité », selon Ali. L’émotion est présente dans les propos. On sent que le gardien de la paix veut faire passer un message, un autre son de cloche de Molenbeek. « L’idée d’une commune où l’insécurité est permanente est véhiculée. Or, lors d’évènements, vous allez voir cet accueil, cette chaleur humaine. Ça n’engage que moi mais je pense qu’on est une des seules communes à offrir cela, le mélange des gens se fait naturellement », annonce Ali. Et de conclure, « tous à notre niveau, on est un peu responsable de cette réputation négative, qu’on a marre de subir ». Le ras-le-bol de cette image de Molenbeek est partagé par les autres membres de la centrale. C’est ce contact quotidien avec la réalité de la commune qui permet de faire changer les choses et les mentalités, tant au sein de Molenbeek que dans l’image construite de celle-ci.

Une journée avec Anouar, gardien de la paix à Molenbeek from Alexis Afeiche on Vimeo.

 

Alexis AFEICHE

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