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Rencontre (et coupe de cheveux) avec M. Hedi Guerbaa, coiffeur belgo-tunisien de Molenbeek depuis presque cinquante ans…

Rencontre (et coupe de cheveux) avec M. Hedi Guerbaa, coiffeur belgo-tunisien de Molenbeek depuis presque cinquante ans…

 

Monsieur Hedi, comme on l’appelle souvent dans le quartier, est un personnage bien connu de la commune. Au cours des années, il a vu cette dernière se métamorphoser. Récit d’une rencontre…

Le jour du printemps, je me suis arrêté chez M. Hedi, l’un des plus anciens coiffeurs de la commune, pour m’offrir une petite coupe de saison.

À cette occasion, j’ai pu discuter avec ce dernier, depuis devenu pratiquement une figure « historique » du quartier, de l’histoire de la commune telle qu’il l’avait lui-même vécue au fil des années et des gens qu’il avait vu défiler à travers les dents de son peigne et ses adroits coups de ciseaux.

(Coupe-coupe et bruits de ciseaux découpant une touffe de cheveux, les miens)

« Quand j’ai commencé à tenir mon salon, j’étais pratiquement le seul coiffeur originaire d’Afrique du Nord, ici à Molenbeek,… Le seul coiffeur maghrébin du quartier, confie-t-il en souriant (tout en maniant les ciseaux pour couper mes cheveux)! »

« Tous les commerces aux alentours de la place (NDLR : Parvis Saint-Jean-Baptiste) étaient bien plus diversifiés qu’aujourd’hui… Dans le quartier entre le canal et ici, dans tout le bas de la commune, il y avait tous les types de magasins imaginables, des restaurants, des bars, etc, des cinémas, des dancings.  Rue du Prado, par exemple, il y avait beaucoup de vendeurs de chaussures, juifs ou italiens pour la plupart, et juste un peu plus loin, il y avait des vendeurs de tissus et de costumes. Commercialement c’était d’ailleurs le genre d’association qui faisait de Molenbeek un endroit intéressant :  on venait simplement pour de belles chaussures de soirées et on repartait finalement avec toute la panoplie de costume, plaisante-t-il. »

« Molenbeek, c’était une commune bon-vivre dans laquelle les gens venaient d’un peu partout pour sortir le soir, faire leurs courses, c’était un lieu très riche. Tout cela a bien changé depuis. »

Qu’est ce qui a changé, lui demande-je alors entre deux coups de ciseaux ? (Coupe-coupe et bruit de peigne)

M. Hedi est un coiffeur minutieux mais c’est aussi un homme qui vous apprendra plein de choses sur l’histoire de Molenbeek… (Ps : c’est moi qui me fait couper les cheveux sur le cliché, je réclame votre indulgence 😉 ).

 

« Ce qui a changé? Beaucoup de choses… L’ambiance des quartiers a changé, les gens aussi. En soi, c’est normal, c’est comme ça : le temps passe et les choses changent. Mais parfois l’évolution n’est pas, disons, des plus heureuses… »

« Comme je l’ai dit, la vie commerçante et même sociale de la commune était beaucoup plus diversifiée auparavant. »

Mais ce changement, comment l’avez-vous vécu personnellement, continue-je?

« Bien sûr, j’ai participé, comme tout un chacun, à la transformation de la commune. Quand les travailleurs du Maghreb sont arrivés de plus en plus nombreux, j’ai eu un fort succès succès en tant que coiffeur, puisque maghrébin moi-même. Mais ma concurrence « belge » avait encore une belle clientèle belge… Clientèle qui a fini par partir quand le quartier est devenu « trop » maghrébin au fil du temps (ce qui a forcé les coiffeurs du cru à disparaître) accentuant l’effet de « un quartier, une communauté ». »

Ce n’est pour autant pas la faute des gens qui sont arrivés?

« Bien sûr que non, le fait que les changements arrivent, en bien ou en mal, que des populations en remplacent d’autres, cela est dû à tout un tas de petites choses, la politique, le travail, la culture. Ici, c’est un fait, les quartiers du bas de la commune se sont colorés, ils sont plus méditerranéens ou maghrébins que dans les années 1950. Je peux comprendre que certains aient mal vécu certaines des transformations qui ont eu lieu… C’est naturel, surtout qu’avant, les magasins n’étaient pas tous réduits à des salons de thé, des vendeurs de fruits et légumes ou des snacks. Autour de la place de l’église, il y avait, par exemple, huit-neuf bistrots quand j’ai commencé. La vie de la commune était encore rythmée par les kermesses, les fêtes, les braderies… Tout cela a changé depuis. »

C’était le bon temps on peut dire, poursuis-je, (alors que M. Hedi s’arme d’une tondeuse pour éclaircir mes tempes et mon contour d’oreille) ?

« C’était, pour beaucoup de gens qui ont vécu cette époque, l’âge d’or de Molenbeek… Les années 1950, 1960, 1970, c’était le bon temps de Molenbeek. Après il faut bien préciser que ces années sont aussi nos années de jeunesse. On regarde souvent ces années avec nostalgie, c’est normal… En plus, me confie-t-il tout bas sur un ton rieur, moi j’avais de la chance, je pense que j’étais plutôt beau-gosse en ce temps-là ».

(Bruits de tondeuse)

 

M. Hedi en 1975

Qu’est-ce qui expliquerait ce changement selon vous?   (Bruits de ciseaux)

« Alors là, énormément de choses. À vous d’écrire un article là-dessus, me conseille-t-il en me fixant avec un grand sourire dans le miroir. »

(Coupe-coupe et coup de brosse à cheveux)

M. Hedi ne fait pas si bien dire : un des articles qui devrait être publié prochainement dans le journal Le Soir, dans le cadre du projet 1080 visages, portera justement sur ce changement, ce passé/présent de Molenbeek.

À la fin de ma coupe, je remercie l’homme d’avoir été si accueillant et prends mon congé, certain que je reviendrai me faire couper les cheveux chez lui pour en apprendre plus sur la commune…

Olivier Blondeau

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Pour les lecteurs et internautes qui, tout comme moi, sont intéressés par l’histoire et les petites anecdotes de la commune de Molenbeek, je ne peux que conseiller : la visite du Musée communal de Molenbeek (rue Mommaerts, à côté de la Maison des cultures), la visite du Musée de la Fonderie (Rue Ransfort) et la lecture de la revue trimestrielle Molenbecca (du Cercle d’histoire locale de Molenbeek-Saint-Jean, éditeur M. Jean Boterdael).

 

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